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BUDŌ

Le budō, les voies martiales du Japon, a ses origines dans les traditions du bushidō – la voie du guerrier. Le budō est une forme séculaire de culture physique comprenant le jūdō, kendō, kyūdō, sumō, karatedō, aikidō, shōrinji kempō, naginata et jūkendō. Les pratiquants acquièrent les compétences tout en s’efforçant d’unifier l’esprit, la technique et le corps; développent leur caractère; renforcent leur sens de la moralité; et cultivent un comportement respectueux et courtois.

Le terme “bushidō” a été créé par les bushi ( ou samouraï ), pour refléter leur “mode de vie” de guerriers professionnels, et englobe les valeurs et les concept moraux.

Les sens moraux du bushidō de vivre honorablement et vertueusement étaient le produit d’une appréciation de la beauté de la vie découverte à travers des expériences de combat mortel. L’esprit d’autonomie, fondamentale pour le bushidō, est une caractéristique inhérente aux arts martiaux modernes. Grâce à l’étude du budō, l’individu est capable de développer son sens de la dignité et en même temps d’apprendre le respect pour les autres. Bien que la question de la vie et de la mort n’est pas un sujet de préoccupation pour les pratiquants actuels des arts martiaux comme ce l’était pour les bushi, le respect, l’honneur et l’amour de la vie demeurent un vestige de l’esprit du bushidō.

Budō est composé de deux caractères kanji. Bu signifiait à l’origine aller au combat, mais fût interprété plus tard comme “arrêter de se battre”. Dō symbolise le mouvement d’un homme, ou “la Voie”.

Budo

Les arts modernes du budō tels que le jūdō , kendō , karatedō, aikidō, naginata et ainsi de suite, ont leurs racines dans les écoles martiales classiques développées entre la période Heian (794 – 1185) et la période Tokugawa (1600-1868). Les différentes formes du budō qui ont été systématisées et établies à partir de la période Meiji (1868 – 1912) et au-delà sont généralement classés comme gendai budō (budō moderne). Tous les arts martiaux créés avant cette date sont considérés comme kōbudō (budō classique).

D’une manière générale, les arts du kōbudō peuvent être classés dans les groupes suivants :
– Bajutsu (équitation)
– Kyūjutsu (tir à l’arc)
– Kenjutsu (escrime)
– Sōjutsu (maniement de la lance)
– Naginata -jutsu (maniement du glaive)
– Bōjutsu (maniement du bâton)
– Kama-jutsu (maniement de la faucille)
– Jūjutsu (combat rapproché avec des petites armes ou sans armes)
– Sui-jutsu (natation tactique)
– Hōjutsu (maniement du fusil)

En budō, la formation est généralement appelée “keiko”. Le kanji pour keiko signifie littéralement “considérer [la sagesse] du passé”. L’une des méthodes importantes utilisée pour transmettre cette sagesse est l’étude des kata – séquences chorégraphiées de techniques.

Les kata constituent une partie intégrante du programme du budō, et contiennent l’essence technique et philosophique des enseignements des fondateurs. Les novices commencent leur étude du budō en dupliquant le kata exactement comme il est enseigné par le maître, en évitant tout écart par rapport à la forme prescrite.

Des éléments importants du keiko et de l’apprentissage des kata sont l’autoréflexion et la résolution de problèmes. Dans les arts traditionnels du Japon, il existe un concept appelé “ishin-denshin” ou “transmission de pensée”. Les maîtres utilisent peu de mots pour expliquer les subtilités des techniques enseignées. Il reste au disciple beaucoup de choses à comprendre par lui même, ce qui nécessite une introspection et une analyse considérables. Même si le processus commence par une copie exacte, il facilite finalement l’émergence de véritables attributs individuels et un sens pénétrant de l’imagination. L’instructeur supervise ce développement chez l’étudiant, et enseigne d’une manière qui encourage l’essor de l’individualité. Tempérament, indépendance et individualité sont les facteurs qui conduisent au développement de l’art.

Le budō est une porte d’entrée large et profonde vers le développement spirituel. Vous pouvez presque toucher les mains des guerriers des siècles passés quand vous vous immergez dans l’entrainement des kata. Cependant, si votre esprit est fermé aux possibilités, la porte restera fermée.

Les instructeurs du budō devraient garder à l’esprit les points suivants afin d’améliorer l’efficacité globale de l’éducation au budō:
1. Soyez au courant des caractéristiques de chaque enfant, et ayez l’indulgence de prendre en compte leur individualité.
2. Soyez à l’écoute de ce que les enfants font en dehors du dōjō et des activités du club. Soyez sûr d’insister sur le fait que les règles enseignées dans le dōjō ne sont pas limitées au dōjō ou au cercle social immédiat.
3. Sachez que les enfants vous observent et apprennent toujours de vous; faites donc preuve d’humilité en parole et en action.
4. Faites de la zone d’entraînement au budō une zone ouverte aux parents. Vous devriez écouter les commentaires des parents, les reconnaître, et leur montrer que vous avez à cœur l’intérêt des enfants.
5. Ayez une stricte politique d’éducation au budō et assurez vous de la transmettre régulièrement aux enfants et aux parents.
6. Ne dites rien qui pourrait blesser un enfant qui a cessé de venir aux entraînements Au lieu de cela, faites l’éloge de toutes ses réalisations à ce jour, et aidez le à acquérir une image de soi positive plutôt que de le blâmer pour avoir abandonné.

KARATEDŌ

La “Voie” du karate (karatedō) est l’un des d’arts martiaux les plus populaires du Japon. C’est un art d’auto-défense qui, pour la plus grande part, n’utilise pas d’armes, d’où le sens de karate – “main vide”. Il existe trois grandes catégories de techniques : les attaques avec le bras (uchi) ; les coups de poing (tsuki); et coups de pied (keri). Il ya aussi un certain nombre de blocages (uke) pour parer les attaques de l’adversaire.

Il existe de nombreuses théories relatives aux origines du terme “karate”. Il est difficile de savoir qui a le premier utilisé ce terme, et quand. Toutefois, l’ancien système de combat Ryūkyūan était à l’origine désigné “te”, et l’hypothèse de base est que l’appellation “kara-te” désigne les techniques martiales venues de Chine (kara = Chine).

On enseigne aux karateka l’importance de ne jamais blesser d’autres personnes, et d’être respectueux envers leurs opposants et leurs partenaires d’entrainement. Ce respect s’étend idéalement au-delà des limites du dōjō et des aires de compétition. Les pratiquants apprennent aussi la persévérance, et l’importance de faire des efforts pour améliorer leur entourage immédiat. Une préoccupation et une appréciation des autres et le sens des responsabilités envers la société, sont fondamentaux pour le but ultime d’auto-perfection du karatedō.

Gichin Funakoshi (1868 – 1957) a créé un ensemble de vingt règles du dōjō (dōjō-kun) à partir desquelles cinq articles ont été extraits et promus en tant que préceptes fondamentaux du karate:
1. N’oubliez jamais que le karate commence et se termine par un salut de respect ;
2. Il n’y a pas de première attaque en karate ;
3. Apprenez à vous connaître d’abord, puis vous pourrez connaître les autres ;
4. L’art de développer l’esprit est plus important que l’art d’appliquer la technique ;
5. Lors des combats, vous devez discerner les points vulnérables des points invulnérables.

TERMINOLOGIE DU BUDŌ

Dōjō
Le mot dōjō est une traduction du terme Sanskrit “bodhimanda” et se réfère au “siège de diamant” – le siège sur lequel le Bouddha a atteint le nirvana, l’illumination, sous l’arbre Bodhi. En conséquence, il est utilisé en référence à un endroit où le bouddhisme est étudié et où des sermons sont livrés. C’est à cause des profondes connotations spirituelles et de la relation à son entrainement personnel que le mot a été adopté dans le langage du budō.

Seiza
Seiza est la position formelle à genoux où le praticien du budō est calme et résolu. S’asseoir correctement dans cette position est synonyme de suivre la “voie” du budō. C’est aussi une posture d’attente qui représente l’idéal du fair-play envers l’adversaire.

Grades dan et kyu
Les grades dan ont joué un rôle essentiel dans les activités culturelles traditionnelles au Japon, et ont d’abord été employés par le maître shōgi (forme traditionnelle du jeu d’échecs), Hon’inbō Taisaku ( 1645-1702 ), dès 1677.
Le système des dan a été introduit la première fois dans les arts martiaux en 1883, lorsque Tomita Tsunejirō et Saigō Shirō se sont vus attribuer le grade de shodan en jūdō Kodokan. Le système des kyu été introduit en 1885 par le keishichō (Bureau de police de Tokyo).

Budo: The Martial Ways of Japan. Nippon Budokan Foundation, Tokyo, 2009

Budo: The Martial Ways of Japan. Nippon Budokan Foundation, Tokyo, 2009

Référence
Budo: The Martial Ways of Japan. Nippon Budokan Foundation, Tokyo, 2009.

Résumé rédigé par Christophe Delmotte – International Kyokushin Organization Tezuka Group – 2014

BUDŌ

Budō, the martial ways of Japan, have their origins in the traditions of bushidō – the way of the warrior. Budō is a time-honoured form of physical culture comprising of jūdō, kendō, kyūdō, sumō, karatedō, aikidō, shōrinji kempō, naginata and jūkendō. Practitioners study the skills while striving to unify mind, technique and body; develop his or her character; enhance their sense of morality; and to cultivate a respectful and courteous demeanour.

The term “bushidō” was created by bushi (or samurai), to reflect on their “way of life” as professional warriors, and encompasses their values and moral outlook.

The morals of bushidō to live honorably and virtuously were a product of an appreciation for the beauty of life discovered through experiences of mortal combat. The spirit of autonomy, fundamental to bushidō, is an inherent feature in the modern martial arts. Through the study of budō, the individual is able to develop his or her sense of dignity and simultaneously learn respect for others. Although the question of life and death is not a concern for modern martial artists as it was for bushi, respect, honour, and love for life remain as a vestige of the spirit of bushidō.

Budō is composed of two kanji characters. Bu first meant to go into battle, but this later came to be interpreted as “to stop fighting”. Dō symbolizes the movement of a man, or “the Way”.

Budo

Modern budo arts such as jūdō, kendō, karatedō, aikidō, naginata and so on, have their roots in the classical martial schools developed from the Heian period (794 – 1185) through the Tokugawa period (1600 – 1868). The various forms of budō that were systemized and established from the Meji period (1868 – 1912) and beyond are broadly categorized as gendai budō (modern budō). All martial arts created before this time are referred to as kobudō (classical budō).

Broadly speaking, kobudo arts can be categorized into the following groups:
– Bajutsu (horsemanship)
– Kyūjutsu (archery)
– Kenjutsu (swordsmanship)
– Sōjutsu (spearmanship)
– Naginata-jutsu (glaive)
– Bōjutsu (staff)
– Kama-jutsu (sickle)
– Jūjutsu (close-quarter combat with small or no weapons)
– Sui-jutsu (tactical swimming)
– Hōjutsu (musketry)

In budō, training is generally referred to as “keiko”. The kanji for keiko literally means “to consider [the wisdom] of the past”. One of the important methods used to convey this wisdom is the study of kata – choreographed sequences of techniques.

Kata are an integral part of the curriculum of budō, and contain the technical and philosophical essence of the founders’ teachings. Novices begin their study of budō by duplicating the kata exactly as it is taught by the master, avoiding any deviation from the prescribed form.

Important element of keiko and learning kata is self-reflection and problem solving. In Japan’s traditional arts, there is a concept called “ishin-denshin” or “thought transference”. Masters use few words to explain the intricacies of the techniques being taught. Much is left up to the disciple to figure things out for themselves, which requires considerable introspection and analysis. Even though the process begins with precise copying, it eventually facilitates the growth of true individual attributes and a penetrating sense of imagination. The instructor oversees this development in the student, and teaches in a way that encourages the burgeoning of individuality. Temperament, independence and individuality are the factors that lead to the development of art.

Budō is a gateway of immense breadth and depth to spiritual development. You can almost touch hands with the warriors of centuries ago as you immerse yourself in the training of kata. However, if your mind is closed to the possibilities, the gate will remain closed.

Instructors of budō should bear in mind the following points to improve the overall efficacy of budō education:
1. Be aware of the characteristics of each child, and make allowances to accommodate their individuality.
2. Keep attuned to what children are doing outside the dōjō and club activities. Be sure to impress upon that etiquette taught in the dōjō is not limited to the dōjō or their immediate social circle.
3. Be aware that children are always observing and learning from you; so be careful to demonstrate humility in word and action.
4. Make the budō training area open for parents to visit. You should listen to parents’ comments, acknowledge them, and show them you have the children’s best interests at heart.
5. Have a firm budō education policy and regularly convey it to children and parents.
6. Do not say anything that may hurt a child who has stopped coming to training. Instead, praise all of his or her achievements to date, and help them acquire a positive self-image rather than ostracise the child for being a “quitter”.

KARATEDŌ

The “Way” of karate (karatedō) is one of Japan’s most famous martial arts. It is an art of self-defense that, for the most part, uses no weapons, hence the meaning of karate – “empty hand”. There are three main categories of techniques: strikes with the arm (uchi); thrusts (tsuki); and kicks (keri). There are also a number of blocks (uke) to parry the opponent’s attacks.

There are many theories surrounding the roots of the term “karate”. It is unclear who first used the word, and when. However, the ancient Ryūkyūan fighting system was originally referred to as “te”, and the standard assumption is that the appellation “kara-te” refers to the martial techniques learned from China (kara = China).

Karateka are taught the importance of never hurting other people, and to be respectful of opponents and training partners. This respect ideally extends beyond the confines of the dōjō and match court. Practitioners also learn perseverance, and the importance of making efforts to improve their immediate surrounds. A concern and appreciation for others and sense of responsibility to society, are fundamental to karatedō’s ultimate goal of self-perfection.

Funakoshi Gichin (1868 – 1957) created a set of twenty dōjō rules (dōjō-kun) from which five articles were extracted and promoted as the fundamental concept of karate:
1. Never forget that karate begins and ends with a bow of respect;
2. There is no first attack in karate;
3. Know yourself first, then you can know others;
4. The art of developing the mind is more important than the art of applying technique;
5. In combat, you must discern vulnerable from invulnerable points.

BUDŌ TERMINOLOGY

Dōjō
The word dōjō is a translation of the Sanskrit term “bodhimanda” and refers to the “Diamond seat” – the seat upon which the Buddha attained nirvana, enlightenment, under the Bodhi tree. Accordingly, it is used in reference to a place where Buddhism is studied or where sermons are delivered. It is because of the deep spiritual connotations and relationship to training one’s self that the word was adopted into budō parlance.

Seiza
Seiza is the formal kneeling position where the budō practitioner is calm and resolute. Sitting correctly in this position is synonymous with following the “way” of budō. It is also a waiting posture that represents the ideal of fair play towards one’s opponent.

Dan and Kyu Grades
Dan grades have played an integral role in the traditional cultural pursuits in Japan, and were first employed by the shōgi (traditional form of chess) master, Hon’inbō Taisaku (1645 – 1702), as early as 1677.
The dan system was first introduces into the martial arts in 1883 when Tomita Tsunejirō and Saigō Shirō were awarded the rank of shodan in Kodōkan jūdō. The kyu system was first introduces in 1885 by Keishichō (Tokyo Police Bureau).

Budo: The Martial Ways of Japan. Nippon Budokan Foundation, Tokyo, 2009

Budo: The Martial Ways of Japan. Nippon Budokan Foundation, Tokyo, 2009

Reference
Budo: The Martial Ways of Japan. Nippon Budokan Foundation, Tokyo, 2009.

Summary by Christophe Delmotte – International Kyokushin Organization Tezuka Group – 2014

QU’EST-CE QUE LE KARATE
A Okinawa, un art martial miraculeux et mystérieux est venu jusqu’à nous du passé. On dit que celui qui maîtrise ses techniques peut se défendre facilement sans avoir recours à des armes et peut accomplir des exploits remarquables – la casse de plusieurs planches épaisses avec le poing ou des panneaux de plafond d’un local avec un coup de pied. Avec le shutō (“le tranchant de la main”), il peut tuer un taureau d’un seul coup ; il peut percer le flanc d’un cheval avec la main ouverte ; il peut traverser un local en agrippant les poutres du plafond avec les doigts, écraser une tige de bambou vert à main nue, couper une corde de chanvre avec une torsion, ou creuser de la roche tendre avec les mains.

Certains considèrent ces aspects de cet art martial miraculeux et mystérieux comme l’essence du Karate-dō. Mais de tels exploits sont une petite partie du karate, et jouent un rôle analogue à l’épreuve de la coupe de la paille en kendō (escrime japonaise), et il est erroné de penser qu’il n’y a pas plus que cela dans le Karate-dō. En fait, le vrai Karate-dō accorde plus d’importance à la spiritualité qu’aux questions physiques, comme nous le verrons. Le vrai Karate-dō est ceci: que dans la vie quotidienne, l’esprit et le corps soient entrainés et développés dans un esprit d’humilité; et que, dans les moments critiques, on se dévoue entièrement à la cause de la justice.

KARA 唐 ET KARA 空
Le Karate-dō est un art martial propre à Okinawa dans ses origines. Bien que par le passé on ait eu tendance à le confondre avec la boxe chinoise en raison de l’utilisation de 唐 dans son nom précédent, en fait, depuis les mille dernières années, l’étude et la pratique des maîtres et experts , à travers lequel il a été nourri et perfectionné et formé dans l’art martial unifié qu’il est aujourd’hui, a eu lieu à Okinawa . Il n’est, par conséquent, pas erroné de le présenter comme un art martial d’Okinawa.

On peut se demander pourquoi le caractère 唐 a été retenu pendant si longtemps . Comme je l’explique dans la section « Le développement du Karate-dō”, je crois qu’à l’époque où l’influence de la culture chinoise était à son apogée au Japon, de nombreux experts des arts martiaux se sont rendus en Chine pour pratiquer la boxe chinoise. Avec leurs nouvelles connaissances, ils ont modifié l’art martial existant, appelé Okinawa-te, l’ont débarrassé de ses mauvais points et ont ajouté des bons points, pour en faire un art élégant. On peut penser qu’ils considéraient 唐 comme un nouveau nom approprié. Étant donné que, même dans le Japon contemporain, il y a beaucoup de gens qui sont impressionnés par tout ce qui est étranger, il n’est pas difficile d’imaginer la haute estime qui prévalait à cette époque à Okinawa pour tout ce qui venait de Chine. Même à l’époque de la jeunesse de l’auteur de ce livre, l’absence d’un ensemble complet de meubles et mobiliers chinois dans sa maison était un sérieux obstacle à l’influence sociale de toute la famille de premier plan. Dans ce contexte, la raison du choix du caractère 唐, qui signifie “Chinois”, comme une simple marque d’exotisme est évidente.

NOTE   Les deux caractères 唐 et 空 sont des homonymes en japonais. Le premier, 唐, désigne que ce qui est étranger, en particulier de la Chine ancienne ; sens qui résulte de son utilisation en chinois pour signifier la dynastie des Tang (618-907 apr. J.-C.). Le deuxième symbole, 空, a été introduit pour le mot karate et est maintenant accepté comme correct dans cet usage.

Conformément à la tradition, l’auteur a utilisé le caractère 唐 dans le passé. Toutefois, en raison de la confusion fréquente avec la boxe chinoise, et le fait que l’on peut désormais considérer l’art martial d’Okinawa comme un art martial japonais, il est inapproprié, et dégradant dans un sens, de continuer à utiliser 唐 dans le nom. Pour cette raison, en dépit de nombreuses protestations, nous avons abandonné l’utilisation de 唐 et l’avons remplacé par 空.

SIGNIFICATION DE KARA 空
La première connotation de 空 indique que le karate est une technique qui permet de se défendre sans armes, avec ses mains et poings nus .

NOTE Le terme japonais pour poings nus, 空拳 (kūken), combine 空 (kara) avec le caractère 拳 de poing.

Deuxièmement, tout comme c’est le miroir clair qui reflète sans distorsion, ou la vallée tranquille qui fait écho à un son, il faut que celui qui voudrait étudier le Karate-dō se libère des pensées égoïstes et malveillantes, car c’est seulement avec un esprit et une conscience clairs qu’il peut comprendre ce qu’il reçoit. C’est une autre signification de l’élément kara dans Karate-dō.

Ensuite, celui qui voudrait étudier le Karate-dō doit toujours s’efforcer d’être intérieurement humble et extérieurement doux. Cependant, une fois qu’il a décidé de se battre pour la cause de la justice, il doit avoir le courage exprimé dans le dicton, “Même s’il y a dix millions d’ennemis, j’y vais!”. Ainsi, il est comme la tige de bambou vert: creuse (kara) à l’intérieur, droite, et avec des noeuds, c’est-à-dire désintéressé, doux et modéré. Ce sens est également contenu dans l’élément kara du Karate-dō .

NOTE   Dans la pensée japonaise, le vide indique le désintéressement, la rectitude, l’obéissance et la douceur; et les nœuds, la force de caractère et de la modération.

Enfin, d’une manière fondamentale, la forme de l’univers est le vide (kara), et par conséquent, le vide est une forme en soi. Il existe plusieurs types d’arts martiaux, jūdō, kendō, sōjitsu (“techniques de lance”), bōjitsu (“techniques de bâton”), et d’autres, mais à un niveau fondamental tous ces arts reposent sur la même base que le Karate-dō. Il n’est pas exagéré de dire que le sens originel du Karate-dō est en accord avec la base de tous les arts martiaux. La forme est le vide, le vide est lui-même une forme. Le kara de Karate-dō possède ce sens.

Extrait de: Karate-Dō Kyōhan – The Master Text. Par Gichin Funakoshi. Traduit par Tsutomu Ohshima. Kodansha International, Tokyo, 1973.

WHAT IS KARATE
In Okinawa, a miraculous and mysterious martial art has come down to us from the past. It is said that one who masters its techniques can defend himself readily without resort to weapons and can perform remarkable feats – the breaking of several thick boards with his fist or ceiling panels of a room with a kick. With his shutō (“sword hand”) he can kill a bull with a single stroke; he can pierce the flank of a horse with his open hand; he can cross a room grasping the beams of the ceiling with his fingers, crush a green bamboo stalk with his bare hand, shear a hemp rope with a twist, or gouge soft rock with his hands.

Some consider these aspects of this miraculous and mysterious martial art to be the essence of Karate-dō. But such feats are a small part of karate, playing a role analogous to the straw-cutting test of kendō (Japanese fencing), and it is erroneous to think that there is no more to Karate-dō than this. In fact, true Karate-dō places weight upon spiritual rather than physical matters, as we shall discuss. True Karate-dō is this: that in daily life, one’s mind and body be trained and developed in a spirit of humility; and that in critical times, one be devoted utterly to the cause of justice.

KARA 唐 AND KARA 空
Karate-dō is a martial art peculiar to Okinawa in its origins. Although it has in the past tended to be confused with Chinese boxing because of the use of 唐 in its earlier name, in fact for the past thousand years, the study and practice of masters and experts, through which it was nurtured and perfected and formed into the unified martial art that it is today, took place in Okinawa. It is, therefore, not a distortion to represent it as an Okinawan martial art.

One may ask why the character 唐 has been retained for so long . As I discuss in the section “The Development of Karate-dō”, I believe that at the time the influence of Chinese culture was at its peak in Japan, many experts in the martial arts traveled to China to practice Chinese boxing. With their new knowledge, they altered the existing martial art, called Okinawa-te, weeding out its bad points and adding good points to it, thus working it into an elegant art. It may be speculated that they considered 唐 an appropriate new name. Since, even in contemporary Japan, there are many people who are impressed by anything that is foreign, it is not difficult to imagine the high regard for anything Chinese that prevailed during that period in Okinawa. Even at the time of the present writer’s youth, lack of a full set of Chinese furniture and furnishings in one’s home was a serious impediment to the social influence of any leading family. With this background, the reason for the choice of the character 唐, meaning “Chinese”, as a simple case of exoticism is apparent.

NOTE   The two characters 唐 and 空 are homonyms in Japanese. The first, 唐, denotes that that is foreign, in particular from ancient China, a meaning derived from its use in Chinese to signify the Tang dynasty (A.D. 618-907). The second symbol, 空, was introduced for the word karate and is now accepted as the correct one in this usage.

Following tradition, the writer has in the past continued to use the character 唐. However, because of the frequent confusion with Chinese boxing, and the fact that the Okinawan martial art may now be considered a Japanese martial art, it is inappropriate, and in a sense degrading, to continue use of 唐 in the name. For this reason, in spite of many protests, we have abandoned the use of 唐 to replace it with 空.

THE MEANING OF KARA 空
The first connotation of 空 indicates that karate is a technique that permits one to defend himself with his bare hands and fists without weapons.

NOTE   The Japanese-term for bare fists, 空拳 (kūken), combines 空 (kara) with the character for fist 拳.

Second, just as it is the clear mirror that reflects without distortion, or the quiet valley that echoes a sound, so must one who would study Karate- dō purge himself of selfish and evil thoughts, for only with a clear mind and conscience can he understand that which he receives. This is another meaning of the element kara in Karate- dō.

Next, he who would study Karate- dō must always strive to be inwardly humble and outwardly gentle. However, once he has decided to stand up for the cause of justice, then he must have the courage expressed in the saying, “Even if it must be ten million foes, I go!” Thus, he is like the green bamboo stalk: hollow (kara) inside, straight, and with knots, that is, unselfish, gentle, and moderate. This meaning is also contained in the element kara of Karate- dō.

NOTE   In Japanese thinking, the hollowness indicates unselfishness; the straightness, obedience and gentleness; and the knots, strength of character and moderation.

Finally, in a fundamental way, the form of the universe is emptiness (kara), and, thus, emptiness is form itself. There are many kinds of martial arts, jūdō, kendō, sōjitsu (“spear techniques”), bōjitsu (“stick techniques”), and others, but at a fundamental level all these arts rest on the same basis as Karate-dō. It is no exaggeration to say that the original sense of Karate- dō is at one with the basis of all martial arts. Form is emptiness, emptiness is form itself. The kara of Karate dō has this meaning.

Extract from: Karate-Dō Kyōhan – The Master Text. By Gichin Funakoshi. Translated by Tsutomu Ohshima. Kodansha International, Tokyo, 1973.